Rares sont les races canines qui ont été à ce point liées à une civilisation et à une vision du monde. Le Pékinois est le chien de la cour impériale de Chine, vénéré pendant des siècles comme un être quasi sacré, dont la possession était réservée aux familles impériales et aux plus hauts dignitaires. Cet héritage explique tout de son caractère : sa dignté naturelle, son indépendance remarquable, son refus de toute soumission et cette assurance sereine qui lui permet de traverser le monde sans sembler impressionné par grand-chose.
Le Pékinois n’est pas un chien pour tout le monde. Ceux qui cherchent un compagnon obéissant et complaisant passeront leur chemin. Ceux qui savent apprécier un caractère fort, une présence affective discrète mais réelle et une personnalité hors du commun trouveront en lui un compagnon d’une richesse étonnante.
La race est originaire de Pékin (aujourd’hui Beijing), capitale de la Chine impériale. Les premiers Pékinois étaient élevés dans la Cité Interdite et ne pouvaient être possédés que par la famille impériale ou offerts en cadeau à de très hauts dignitaires. Le vol d’un Pékinois impérial était puni de mort. La race était considérée comme la réincarnation des lions de Bouddha, et son aspect physique était délibérément sélectionné pour rappeler celui d’un petit lion.
Les premiers Pékinois arrivèrent en Occident en 1860, lorsque des soldats britanniques s’emparèrent de cinq spécimens lors du sac du Palais d’Été de Pékin. L’un d’eux fut offert à la reine Victoria, qui le baptisa Looty. La race connaît alors un succès immédiat dans les cours européennes. Reconnue par la FCI sous le numéro 207 dans le groupe 9, section 8, elle reste aujourd’hui l’une des races les plus anciennes et les plus reconnues dans le monde.
Le Pékinois est un chien très petit, au corps trapu et massif pour sa taille. Sa structure est délibérément légèrement plus lourde à l’avant qu’à l’arrière, ce qui lui confère une démarche roulante caractéristique. La tête est très large et plate avec un museau très court (brachycéphale), un stop prononcé et une face pratiquement plate. Les yeux sont grands, ronds et saillants. Les oreilles sont en forme de cur, tombantes et bien fournies en poil.
La morphologie brachycéphale (face plate) est la principale source de problèmes de santé de la race. Elle engendre des difficultés respiratoires plus ou moins sévères selon les individus, et doit être un critère de sélection prioritaire chez tout éleveur responsable.
La robe est longue, droite et abondante, avec une crinière épaisse autour du cou et des épaules, des franges aux membres et une queue bien fournie. Le sous-poil est dense et doux. Presque toutes les couleurs sont admises : fauve, sable, rouge, crème, gris, bleu ardoise, noir, blanc, bringuié, bicolore. Seuls l’albinisme et la robe foie brun sont exclus par le standard.
Le Pékinois est l’un des chiens les plus compacts qui soit. Son poids idéal est inférieur à 5 kg, généralement entre 3 et 6 kg. Sa hauteur au garrot est de 15 à 23 cm. Malgré son format miniature, il dégage une impression de solidité et de masse que ne laisse pas soupçonner son apparence de chien de salon.
Aucun autre chien ne cumule autant de dignité dans aussi peu de kilogrammes. Le Pékinois se comporte avec une assurance qui force le respect : il ne cherche pas à plaire à tout le monde, ne mendiera pas une caresse et ne s’abaissera pas à courir après une approbation qu’il n’a pas sollicitée. Il accôrde ses faveurs avec discernement et c’est pour cela qu’elles ont de la valeur. Les propriétaires qui l’ont compris décrivent souvent une relation d’une profondeur et d’une subtilité remarquables.
Son courage est une autre caractéristique surprenante. Le Pékinois ne connaît pas la peur et n’hésitera pas à se dresser contre un chien bien plus grand que lui s’il estime en avoir une bonne raison. Ce courage peut tourner à l’imprudence : les propriétaires doivent anticiper cette tendance lors des rencontres avec d’autres chiens.
Avec les membres de son foyer qu’il a choisis, le Pékinois peut être d’une tendresse discrète et authentique. Il apprécie la proximité physique à sa façon : s’installer confortablement près de vous plutot que sur vous, vous observer de son regard profond et vous accorder son attention à des moments choisis. Il sélectionne généralement une ou deux personnes privilégiées et leur est profondément fidèle.
Le Pékinois n’est généralement pas recommandé pour les familles avec de jeunes enfants. Sa tolérance aux manipulations brusques est faible et sa réactivité peut conduire à des morsures si ses signaux d’avertissement ne sont pas respectés. Avec des enfants plus grands, capables de comprendre et d’appliquer les règles de respect, la cohabitation peut être satisfaisante.
Variable. Le Pékinois peut cohabiter avec d’autres chiens mais impose ses règles malgré sa petite taille. Avec les chats, la cohabitation est possible si introduite progressivement. Sa tendance à ignorer royalement ce qui ne l’intéresse pas lui évite souvent les conflits.
Le Pékinois n’est pas un chien difficile à comprendre, mais il est difficile à convaincre. Il comprend parfaitement ce qu’on lui demande et décide ensuite si cela vaut la peine de s’y conformer. La coercition est totalement inutile et contre-productive — elle ne produira que de la résistance. La patience, la constance et une bonne dose d’humour sont les meilleures qualités pour éduquer un Pékinois.
Renforcement positif exclusif, sessions très courtes et hautement motivantes. Les friandises de qualité sont généralement le levier le plus efficace. La régularité et la bonne humeur sont indispensables. Il ne sert à rien de prolonger une séance si le chien a décidé qu’elle était terminée — mieux vaut terminer sur une petite victoire que d’insister jusqu’à l’échec.
Tout laisser passer parce qu’il est « trop mignon » est l’écueil classique. Un Pékinois sans règles est un Pékinois tyrannique. Sa propension naturelle à décider de tout s’amplifie en l’absence de cadre : il finit par s’approprier le canapue, gronder les visiteurs et refuser les manipulations. L’éducation bienveillante mais ferme dès les premières semaines est la seule façon d’éviter ce scénario.
L’espérance de vie est de 12 à 15 ans pour les sujets en bonne santé, ce qui est satisfaisant pour une race brachycéphale. La qualité des voies respiratoires est le facteur le plus déterminant pour la longévité : un Pékinois à la conformation respiratoire correcte vivra bien plus longtemps qu’un sujet avec un syndrome brachycéphale sévère.
Un suivi vétérinaire régulier est indispensable, avec une attention particulière aux yeux (inspection quotidienne) et aux voies respiratoires. Les plis du visage doivent être nettoyés quotidiennement pour éviter les irritations et infections. L’assurance santé est particulièrement recommandée compte tenu des frais potentiels liés aux pathologies brachycéphales.
Très peu actif, le Pékinois a des besoins caloriques très faibles. Le surpoids est un risque réel qui aggrave les problèmes respiratoires et articulaires. La ration doit être pesée et le poids contrôlé régulièrement.
Des croquettes petite race de qualité, adaptées à la morphologie brachycéphale (certaines marques proposent des croquettes de forme spécifique facilitant la préhension). La ration ménagère ou la BARF sont possibles avec un suivi nutritionnel rigoureux. Limiter strictement les friandises et les restes de table.
Pour un adulte de 4 à 5 kg très peu actif, comptez 60 à 80 g de croquettes haut de gamme par jour, en deux repas. Contrôler le poids mensuellement et ajuster en conséquence.
La longue robe du Pékinois demande un brossage régulier. En robe longue intégrale, un brossage quotidien à la brosse douce et au peigne est nécessaire pour éviter les nœuds, en particulier derrière les oreilles et sous les membres. Beaucoup de propriétaires optent pour une coupe de confort qui réduit considérablement l’entretien sans altérer le charme de la race.
Les yeux sont le point le plus critique : leur taille et leur exposition les rendent vulnérables. Une inspection quotidienne, un nettoyage des sécrétions et la vérification qu’aucun poil n’irrite la cornée sont des gestes quotidiens indispensables. Les plis faciaux doivent être nettoyés régulièrement avec un tissu humide. Les oreilles, les dents et les ongles suivent l’entretien habituel.
Toutes les 6 à 8 semaines pour une coupe de confort. En robe d’exposition, des passages plus fréquents chez le toiletteur sont nécessaires. L’entretien quotidien à domicile est incontournable quelle que soit la longueur choisie.
Le Pékinois est l’un des chiens les plus adaptés à la vie en appartement : peu actif, silencieux et de petite taille, il ne demande pas d’espace extérieur. Quelques courtes sorties quotidiennes suffisent. Il n’apprécie pas les environnements bruyants et agités, préférant un foyer calme où il peut régner en paix.
Très faible. Deux courtes promenades de 15 à 20 minutes par jour suffisent à ses besoins physiques. Il ne faut pas le surmèner, en particulier par temps chaud ou humide : ses voies respiratoires courtes rendent l’effort intense dangereux. La stimulation mentale par des jeux adaptés est préférable à l’exercice physique intense.
Le Pékinois est très sensible à la chaleur en raison de sa conformation brachycéphale. Pas de sortie par forte chaleur, accès permanent à un endroit frais et ventilé, eau fraîche disponible en permanence. Il supporte mieux le froid, mais le froid humide peut irriter ses yeux. C’est clairement un chien d’intérieur, fait pour le confort du foyer.
Un chiot Pékinois LOF se négocie entre 700 et 1 500 euros selon l’éleveur et la lignée. Privilégier absolument les éleveurs qui sélectionnent leurs reproducteurs sur la qualité respiratoire et la conformation oculaire. Un Pékinois avec un syndrome brachycéphale sévère engendra des frais vétérinaires considérables et une qualité de vie altérée.
Entre 60 et 100 euros par mois : alimentation très modérée pour ce petit gabarit, assurance santé (indispensable vu les risques brachycéphales), antiparasitaires et toilettage. Les produits d’entretien oculaire (collyres, lingettes) sont une dépense récurrente à prévoir.
Sur 13 ans de vie, le budget total tourne autour de 10 000 à 18 000 euros selon les problèmes de santé rencontrés. Une intervention chirurgicale pour BOAS peut coûter entre 1 500 et 3 000 euros. Les soins oculaires répétés (traitements, consultations spécialisées) sont un poste significatif.
La sélection sur la qualité respiratoire est le critère numéro un. Un éleveur responsable évalue ses reproducteurs par le test BOAS (Brachycephalic Obstructive Airway Syndrome grading) et sélectionne des sujets aux narines ouvertes et à la respiration aisée. Il pratique également les examens oculaires et la détection de la luxation de la rotule. Fuir les éleveurs qui valorisent une face encore plus plate que le standard sans sélectionner sur la fonction respiratoire.
Des Pékinois adultes se retrouvent parfois en refuge, souvent suite à des changements familiaux ou à une incompatibilité avec les enfants du foyer. Adopter un adulte est possible mais exige une période d’adaptation, ce chien étant particulièrement attaché à ses habitudes et à ses routines.
| Critère | Note | Détail |
|---|---|---|
| Taille | Très petit | 15-23 cm, 3-6 kg |
| Espérance de vie | Bonne | 12 à 15 ans |
| Niveau d’énergie | 1/5 | Très calme, 2 courtes sorties/jour |
| Intelligence | 3/5 | Intelligent mais indépendant |
| Affection | 3/5 | Discret mais réel, élit ses favoris |
| Facilité d’éducation | 2/5 | Caractère fort, méthodes positives obligatoires |
| Entente enfants | 2/5 | Plutot pour adultes ou grands enfants |
| Entente animaux | 3/5 | Acceptable, impose ses règles |
| Besoin toilettage | 4/5 | Brossage régulier, soins oculaires quotidiens |
| Robustesse santé | 2/5 | Brachycéphale, vigilance respiratoire et oculaire |
| Prix chiot LOF | Moyen | 700 à 1 500 € |
| Budget mensuel | Modéré | 60 à 100 €/mois |